Aujourd’hui, je vous parle des principales raisons pour lesquelles nous avons des rages ou des compulsions alimentaires.

Dans le cadre de mon travail, je côtoie régulièrement des gens qui me disent manquer cruellement de volonté. Ils disent qu’ils savent ce qu’ils doivent manger, mais sont incapables de résister à l’appel des sucreries ou des croustilles. Dès qu’un aliment culpabilisant entre dans la maison, c’est un peu comme si ce dernier prenait contrôle de leur volonté. Il leur trotte dans la tête jusqu’à ce qu’il soit dévoré, rapidement, souvent sans plaisir et sans faim.  Ces cycles de « contrôle » et de « perte de contrôle » ponctuent leur quotidien. Parfois, ils résistent le jour, et le soir c’est la débandade. Parfois la période de contrôle peut être d’une semaine, et le weekend, c’est la fête. Pour d’autres, le contrôle peut durer plusieurs semaines, voire même des mois, mais éventuellement, ils perdent la bataille et les aliments reprennent le  dessus. Dire que, dans ces moments la culpabilité, la honte et la frustration sont au rendez-vous est un euphémisme. Parfois, ce cercle vicieux peut même mener à des périodes très noires et causer beaucoup de détresse. Inutile de dire que, si c’est votre cas, n’hésitez pas à consulter des professionnels compétents qui peuvent vous aider à rétablir une relation harmonieuse avec les aliments.

Toutefois, il s’avère qu’en général, les mécanismes principaux derrière les « rages » ou les « compulsions » sont souvent les mêmes.

 

  • Être affamé :

Le principe est simple : plus vous êtes affamés avant de manger, plus vous risquez de manger trop. Il arrive régulièrement que, parce que nous sommes trop occupés, ou parce que nous voulons perdre du poids, nous ne mangions pas suffisamment pendant la journée. Résultats, nous sommes affamés en arrivant le soir à la maison et nous dévorons un repas complet en préparant le souper… pour ensuite nous assoir à table et manger encore. Le phénomène peut aussi se produire le soir, devant la télévision. Je vous dirais que 80% des compulsions se passent le soir ou au retour du travail. La solution est donc assez simple : manger avant d’être affamés, honorer votre faim moyenne tout au long de la journée et vos débordements en fin de journée devraient diminuer. Pour en apprendre plus sur la faim, allez voir mon article du mois de janvier.

 

  • La restriction cognitive :

J’aime bien la définition trouvée sur le site d’ANEB Québec, un organisme qui soutient les personnes ayant des troubles de comportements alimentaires.

« La restriction est une tendance à limiter consciemment la prise alimentaire ou à contrôler le choix des aliment pour maintenir ou perdre du poids, ou encore à contrôler la qualité des aliments ingérés pour éviter des conséquences néfastes sur la santé. Les aliments sont alors classés en deux catégories : les bons et les mauvais. Les bons peuvent être ingérés comme bon nous semble et les mauvais doivent être évités. »

Autrement dit, à partir du moment où vous avez des règles alimentaires (ex : cet aliments est engraissant, cet aliment est mauvais pour ma santé, cet aliment est une cochonnerie, etc.), vous êtes en restriction cognitive. Attention, ce n’est pas tout le monde qui réagit avec la même intensité à ces règles, mais il est très fréquent que la restriction cognitive mène éventuellement à une surconsommation des aliments interdits. Si vous vous dites : c’est la dernière fois que j’en mange, il y a de bonnes chances pour que vous en mangiez beaucoup trop, et, entre vous et moi, il y a peu de chance pour que ce soit réellement la dernière fois que vous en mangiez. Pour l’être humain, l’interdit est attirant. Plus vous essayez de contrôler votre consommation de tel ou tel aliment, plus vous risquez de perdre le contrôle lorsque vous serez en présence de cet aliment.

Pour réduire tranquillement les débordements liés à la restriction cognitive, il faut apprendre à manger de tous les aliments sans culpabilité. Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous. En effet, mais, rassurez-vous, c’est tout à fait possible. Voici quelques pistes à explorer si vous désirez apprendre à manger de tous les aliments sans culpabilité et sans débordements.

Faites la liste de tous les aliments qui vous culpabilisent en les classant en trois catégories (un peu, moyennement ou très culpabilisant)

Choisissez un aliment dans la première catégorie et mangez-en tous les jours pendant un certain temps. Prenez le temps de bien déguster l’aliment  (pas de télévision ou d’ordinateur pendant que vous mangez), et répétez-vous que vous y avez droit et qu’il y en aura toujours. Arrêtez l’exercice quand vous sentez que vous avez normalisé votre rapport à cet aliment et qu’il est de plus en plus facile d’arrêter d’en manger lorsque vous n’avez plus faim. Sans débordement. Vous pouvez ensuite répéter avec un autre aliment sur la liste en cheminant tranquillement vers les aliments les plus culpabilisants.

 

  • Les émotions

Lorsqu’on parle de manger ses émotions, on a fréquemment l’image de Briget Jones qui pleure sur son divan en engouffrant un pot de crème glacée. Cette caricature ne représente pourtant pas la majorité des moments où l’on mange nos émotions. C’est beaucoup plus subtil que cela. Sans entrer dans les détails de la gestion des émotions, il arrive que nous ne sachions pas comment affronter certaines émotions que nous trouvons désagréables. Nous trouvons donc des moyens pour ne pas les ressentir. Manger est un de ces moyens, et ça fonctionne. Ce n’est pas la façon la plus appropriée à long terme de gérer ses émotions, mais sur le coup, cela nous permet de ne pas ressentir le malaise. Évidemment, un psychologue est le mieux placer pour aider à apprendre à bien reconnaitre et bien répondre aux besoins derrière ces émotions. De mon côté, je vous suggère d’observer si vos débordements sont associés à des émotions particulières (tristesse, stress, ennui, déprime, joie, etc.). Un petit truc, la télévision camoufle souvent les émotions derrière les compulsions. Si vous observez que les émotions mènent à des débordements, il peut être intéressant de vous faire accompagner par quelqu’un qui pourra vous aider à gérer autrement vos émotions.

Vous aurez compris que la réponse à ma question se situe loin de ce que l’intuition nous soufflerait au premier abord. En effet, la volonté n’a souvent rien à voir dans la gestion des rages alimentaires. Les mécanismes sont beaucoup plus subtils et compliqués qu’une simple question de volonté. À vous d’explorer les causes de vos débordements et, rappelez-vous, le contrôle mène souvent, éventuellement, à la perte de contrôle.

Marie-Josée Rainville, Nutritionniste